Derrière l’amas d’objets, une souffrance invisible : ce que révèle vraiment l’accumulation compulsive
L'accumulation compulsive d'objets, souvent mal comprise, est rarement un simple manque d'organisation. Elle cache fréquemment un trouble psychologique complexe, le syndrome de Diogène, qui répond à des mécanismes de protection inconscients. Découvrez ce qui se joue réellement pour ces personnes et comment les accompagner avec justesse.
Le syndrome de Diogène : des origines et des manifestations multiples

Identifié pour la première fois dans les années 70 par le Dr Clark, ce syndrome se caractérise par des conduites extrêmes touchant à la relation aux objets, à l’hygiène corporelle et aux liens sociaux. S’il est souvent évoqué chez les seniors, il peut en réalité toucher des individus de tous âges. Une idée reçue tenace voudrait qu’il soit forcément lié à une maladie mentale avérée, comme la schizophrénie. Pourtant, près d’une personne sur deux présentant ce syndrome ne souffre d’aucun trouble psychiatrique diagnostiqué.
L’accumulation, un rempart contre le traumatisme
Le psychogériatre Jean-Claude Monfort éclaire ce comportement en le présentant comme une réaction à un choc psychique, survenu parfois dans l’enfance ou plus tard dans la vie. Une séparation douloureuse, la perte d’un être cher ou un bouleversement soudain peuvent ébranler les fondations d’une personne. Pour se reconstruire, elle érige alors une forteresse psychique dont l’amoncellement d’objets devient la matérialisation.
À l’instar du philosophe antique Diogène, qui a choisi une vie d’extrême dénuement, les personnes concernées développent une carapace protectrice à travers ce qu’elles conservent. Chaque objet entassé, en apparence inutile, répond à un besoin profond de sécurité, de réconfort et de maîtrise d’un environnement perçu comme menaçant.
Un accompagnement délicat : pourquoi les interventions brusques échouent
La grande difficulté avec ce syndrome réside dans le fait que la personne qui en souffre ne perçoit généralement pas son mode de vie comme anormal et ne sollicite donc aucune aide. Cette absence de demande rend l’intervention des proches ou des professionnels particulièrement complexe. Comme le souligne Jean-Claude Monfort, la clé est une approche patiente et empathique, qui consiste d’abord à accepter de pénétrer dans son univers à son rythme.
Une action radicale, comme un nettoyage forcé de son lieu de vie, peut avoir l’effet d’une véritable agression psychique. Les conséquences peuvent être dramatiques, allant d’une décompensation sévère à l’aggravation de l’état de santé. L’enjeu est donc de construire une alliance, de s’entourer de compétences variées et de bannir tout regard moralisateur pour initier un changement en douceur.
Comment soutenir un proche concerné ?

La prise en charge du syndrome de Diogène est un marathon, pas un sprint. Elle nécessite la synergie de plusieurs acteurs : l’entourage familial, les aides sociales, les soignants et les thérapeutes. L’objectif n’est pas d’imposer un changement immédiat, mais d’offrir une présence bienveillante qui respecte le tempo et les limites de la personne.
Aider quelqu’un que l’on aime dans cette situation est un chemin semé d’embûches et qui demande une grande endurance. Cependant, en misant sur une écoute active, une volonté de comprendre sans juger et un accompagnement psychologique sur mesure, il est possible d’alléger peu à peu le fardeau et de restaurer un cadre de vie plus serein et sécurisant.
